Interview : Konimba Sidibé, ministre de la Promotion de l’Investissement et du Secteur privé malien

Par Faustin Dali

« Nous attendons que le forum « Investir au Mali » soit traduit par un changement du narratif sur le Mali. Ce qui permettra aux investisseurs d’avoir une bonne perception sur les opportunités, l’environnement des affaires et, en même temps booster l’investissement. »

En prélude au forum « Investir au Mali » qui se déroulera en décembre à Bamako, le ministre de la Promotion de l’investissement et du Secteur privé, donne les grandes lignes de ce grand événement attendu par tous les Maliens, dans l’interview exclusive qu’il nous a accordée. Entretien.

Selon vous, l ‘Afrique est censée être le grenier de la planète, alors qu’elle est nourrie par le reste du monde. Après avoir dit cela, qu’est-ce qui a changé au Mali depuis votre entrée dans les gouvernements successifs du Président Amadou Toumani Touré (ATT) pendant la transition et de l’actuel président de la République Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) ?

L’économie du Mali repose essentiellement sur l’agriculture, qui occupe près de 80% de la population active vivant en milieu rural. Elle contribue à concurrence de 46% au PIB. Le rôle de l’agriculture dans l’économie nationale a toujours été mis en évidence dans toutes les stratégies de développement du Mali. Cette volonté du gouvernement malien est traduite en actes concrets à travers des documents comme la Loi d’Orientation Agricole de septembre 2006, le Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté pour la période 2012-2017.
De nos jours, il urge de transformer l’agriculteur africain pour créer de la richesse du fait que l’Afrique importe chaque année 35 milliards de nourriture, alors que 65 % des terres arables non cultivées du monde s’y trouvent. Une situation absolument intolérable, l’agriculture africaine peut et doit nourrir l’Afrique et exporter vers le reste du monde. Cela passe par une transformation profonde de cette agriculture en un business rentable,afin que les entrepreneurs y investissent massivement. Un appui fort à l’entrepreneuriat jeune et femme est aussi un passage obligé.
L’Etat et ses Partenaires au développement ont un rôle majeur à jouer dans ce processus : desserrer certaines contraintes majeures qui pèsent actuellement sur le développement de l’agriculture qui sont relatives entre autres à la question foncière, au financement, à l’environnement des activités agricoles et des affaires (accès à l’eau, l’énergie, les infrastructures de transport, etc.).
La volonté politique et la bonne gouvernance sont la clé du succès. Engageons-nous donc tous à fond pour qu’elles ne fassent pas défaut pour le bonheur des africaines et des africains.

En votre qualité de ministre de la promotion de l’investissement et du secteur privé, quels sont les secteurs à promouvoir au Mali ?

L’agriculture et ses sous-secteurs que sont l’élevage et la pêche, constituent des secteurs très attractifs et très dynamiques. Le développement du Mali passe obligatoirement par l’exploitation rationnelle et la mise en valeur de son imposant potentiel agricole.
Aujourd’hui, il faut changer de paradigme en créant des chaînes de valeurs dans les différents sous-secteurs agricoles. Cela créera localement de la richesse, mais aussi surtout des emplois pour notre jeunesse fortement affectée par le phénomène du chômage. Pour atteindre cet objectif, il nous faudra moderniser le secteur, créer des unités de transformation, de sorte à ne plus avoir à exporter en l’état nos productions.
Prenons le cas de la filière viande, nous exportons tout sur pied, alors que nous avons le cheptel le plus important de la sous-région. Il s’agira de créer de l’embouche à l’abattage frigorifique, aux containers frigorifiques, aux tanneries et autres conserveries de la valeur ajoutée et exporter des produits transformés.
Mais, cela vous en conviendrez avec moi n’est pas envisageable, sans infrastructures, sans routes, et bien évidemment sans énergie. De ce fait, nous restons ouverts à tous pour transformer les nombreuses opportunités en réalités. Car, notre défi est de faire migrer notre économie dominée par le commerce vers une économie tirée par la création de valeur ajoutée, à travers la transformation.
A côté de l’agriculture, nous avons : l’énergie et les infrastructures, qui sont aussi des secteurs prioritaires particulièrement mis en avant lors du forum.

En décembre,vous organisez le forum « Investir au Mali ». Quel est l’objectif premier de cette décision politique ?

Nous attendons que cet évènement soit traduit par un changement du narratif sur le Mali. Ce qui permettra aux investisseurs d’avoir une bonne perception sur les opportunités,l’environnement des affaires et,en même temps booster l’investissement.
A titre de rappel, le forum « Invest in Mali » vise quatre objectifs majeurs :
• faire connaître les opportunités d’investissement et changer le narratif sur le Mali ;
• faire connaître aux investisseurs potentiels que le climat des affaires au Mali est suffisamment attrayant et compétitif ;
• développer les partenariats d’affaires au Mali entre opérateurs privés ;
• partager les bonnes pratiques de promotion de l’investissement en vigueur dans les différents pays.
«Invest in Mali» constitue une étape importante dans la promotion de la «destination Mali ».
Nous attendons du forum qu’il contribue à booster encore plus l’investissement privé aussi bien étranger que national dans les nombreux créneaux porteurs de croissance dont regorge le Mali, en d’autres termes : transformer les nombreuses opportunités en réalités.

Etant donné que le Mali connaît d’énormes problèmes sécuritaires, comment convaincre les investisseurs étrangers à venir au Mali ?

L’insécurité est un facteur handicapant pour le développement,et le Mali y consacre beaucoup de ressources. Et de ce point de vue, des plans d’urgence ont été mis en place. Je voudrais aussi rappeler que la sortie de crise au Mali passe à la fois par la solution sécuritaire, et par un développement inclusif du pays,nécessitant une forte augmentation de l’investissement.
Cela dit, l’insécurité à laquelle vous faites allusion n’est pas la seule réalité malienne. Sur ce point, il me plaît de noter les efforts consentis par le gouvernement dans la riposte contre le crime organisé et le trafic de tous genres, à travers la reconstruction du système de défense et de sécurité, de nos forces armées et de sécurité, à travers l’adoption de la loi d’orientation et de programmation militaire.
Les principaux axes de cette loi ont trait essentiellement à la sécurisation du territoire national, à la dotation de nos forces en équipements suffisants et adéquats, à l’amélioration des conditions de vie et de travail des hommes, et surtout au renforcement de la capacité opérationnelle des forces armées, au recrutement et à la formation dans tous les corps.
La montée en puissance du système de défense et de sécurité de notre armée nationale bénéficie aussi, au titre de la coopération bilatérale et multilatérale de l’appui technique et professionnel des forces armées et de sécurité de pays amis.
Ceci va nous permettre d’avoir une meilleure gestion des risques et menaces sur toute portion du territoire national, chaque fois et toutes les fois qu’il va falloir relever de nouveaux défis sécuritaires. Le gouvernement travaille à trouver une solution à cette insécurité et afficher une image de pays stable pour mener à bien la reconstruction entamée.

Avez-vous un appel à lancer à tous les opérateurs économiques maliens et aux investisseurs étrangers qui souhaitent participer au forum dédié à l’investissement au Mali ?

Le Mali sort progressivement de la grave crise économique occasionnée, à la fois par la crise sécuritaire et politique de l’année 2012. Le cadre macroéconomique a été vite stabilisé et la croissance économique est à nouveau au rendez-vous, avec des taux élevés de 5 à 6 % an. Ces taux placent notre pays parmi les champions de la croissance économique. Cela a été rendu possible pour au moins trois raisons :
D’abord, l’économie malienne dispose de nombreuses opportunités de développement intéressantes notamment dans l’agriculture et l’élevage, l’agro-industrie, l’énergie, les mines et les infrastructures. Ensuite, les opérateurs économiques privés ont repris confiance en notre pays et ont cru dans l’exploitation de ces opportunités ,car le pays est en train de retrouver la sécurité; et l’environnement des affaires est globalement favorable à l’investissement.
Enfin, le gouvernement a mis en œuvre des politiques de stabilisation macroéconomiques et de promotion de développement du secteur privé appropriées. En effet, notre pays émerge progressivement, et fait des bonds prodigieux sur le chemin de la «renaissance». Ces performances réussies au plan macroéconomique sont de réels motifs d’espoir,et le pays reste ouvert au monde pour transformer les nombreuses opportunités en réalité.

Nous attendons une participation massive des investisseurs au forum afin de contribuer à booster encore plus l’investissement privé aussi bien étranger que national dans les nombreuses filières porteuses de croissance au Mali. Participer au forum,c’est aussi l’occasion de faire découvrir aux investisseurs étrangers les opportunités d’investissement qu’offre le Mali.
Vous savez, le succès qu’a connu l’organisation du Sommet Afrique-France en janvier 2017, est la parfaite illustration que le Mali dispose de ressources nécessaires pour relever les grands défis. C’est pourquoi nous restons confiants quant à la participation massive des investisseurs du monde entier.

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