Nima Anita Elbagir : la personnalité de l’année

Par Valentin Hodonou

La diffusion en novembre dernier du documentaire de CNN sur l’esclavage a révélé au grand jour le traitement d’un autre âge dont sont victimes en Libye, des migrants subsahariens. Pour Neo Africa News, son auteur, Nima Anita Elbaghir est incontestablement la femme de l’année. Zoom sur le parcours de cette journaliste d’origine soudanaise dont l’enquête coup de poing a déclenché un véritable tsunami planétaire.

Sur les images de CNN on voit des migrants originaires d’Afrique subsaharienne vendus pour 800 dollars comme esclaves en Libye. Depuis plusieurs mois, dans l’indifférence générale, Amnesty International, Médecins du Monde, Sea Watch ainsi que d’autres ONG avaient alerté l’opinion internationale sur les pratiques barbares pratiquées dans les camps de rétention libyens et dénoncé la complicité des gouvernements européens. Réalisé quelques mois plus tôt en août 2017 et diffusé en novembre dernier par la célèbre chaîne américaine d’informations continues, le document d’Anita Nima Elbagir a crevé l’abcès et provoqué un électrochoc salutaire.
Ce n’est pas la première fois que cette journaliste originaire du Soudan du nord, s’illustre par un reportage choc sur l’Afrique. En 2015, elle a couvert pour CNN l’épidémie d’Ebola qui a sévi dans une partie de l’Afrique de l’ouest. N’hésitant pas à parcourir au Liberia, les zones infectées placées en quarantaine. Histoire d’alerter l’opinion internationale sur les ravages provoqués par cette épidémie qui a fait plusieurs milliers de morts en Guinée, au Liberia et en Sierra-Leone.

«Une professionnelle chevronnée»

Nima a été aussi la première journaliste internationale à braquer ses caméras sur Chibok, le village du nord du Nigeria devenu tristement célèbre, où, dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, plus de 250 écolières avaient été enlevées par le groupe terroriste Boko Haram.
C’est aussi en partie grâce à elle, que les téléspectateurs de CNN ont pu être mieux informés sur les ravages provoqués par la famine en Somalie. Tout comme sur les horreurs engendrées en République centrafricaine par le conflit entre rebelles musulmans et chrétiens. Pays qu’elle a sillonné aux côtés des troupes françaises de l’Opération Sangaris. Nima El Baghir faisait aussi partie des nombreux reporters dépêchés en Irak par CNN pour couvrir l’offensive déclenchée par l’armée irakienne pour bouter les islamistes de Daech hors du pays.

«Tombée dans le journalisme dès sa prime jeunesse»

Née en juillet 1978 à Khartoum, elle a intégré en février 2011 comme reporter, le bureau de CNN basé à Johannesburg, avant de passer à celui de Nairobi. C’est à l’âge de trois ans qu’elle débarque au Royaume Uni. Elle retourne dans son pays d’origine à huit ans, puis revient au Royaume Uni six ans plus tard. Le journalisme, Nima est tombée dedans dès sa prime jeunesse. Son père Ahmed Abdullah Elbagir créateur du journal El Khartoum, était un ancien journaliste qui a été emprisonné avant sa naissance. Et sa mère a été la première femme éditrice et propriétaire d’un journal au Soudan.

C’est donc presque naturellement qu’elle débute sa carrière en début 2002 chez Reuters après des études à la London School of Economies ponctuées d’une formation en philosophie. Elle couvre pour cette agence le conflit de Darfour en décembre 2002. Tout en faisant des papiers sur l’économie pour le Financial Times, The Economist et Radio France Internationale. Avant de rejoindre CNN, elle a collaboré à la télévision britannique Channel 4, s’illustrant au passage en 2006, par une retentissante interview de Jacob Zuma, le chef de l’état sud-africain, à la veille de son procès pour viol.

Les talents et le courage de cette longiligne quadragénaire ont été doublement récompensés en 2008 par l’association de la presse étrangère de Londres. Ils éclatent enfin aux yeux de la planète.

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