Portrait : Cédric Herrou, 41 ans, le défenseur emblématique des migrants

Par Freddy Mulongo

De gardes à vue en procès médiatiques, l’homme qui a fait entrer dans le droit français le « principe de fraternité » continue son action, qui l’expose à des menaces régulières. Cédric Herrou est le symbole de l’aide aux migrants en France. Condamné en 2017 à quatre mois de prison avec sursis pour aide à l’immigration clandestine, il a obtenu cet été une victoire emblématique: le Conseil constitutionnel a consacré pour la première fois le « principe de fraternité » comme l’un des grands principes du droit français, estimant qu’une aide désintéressée au « séjour irrégulier » des étrangers ne saurait être passible de poursuites.

Couthures-sur-Garonne est un village qui reste calme même en été. Sa petite plage n’attire pas au delà de la commune. Et ses 390 habitants voient peu de touristes. Petit village du Lot-et-Garonne qui ne fait jamais parler de lui, sauf pendant le festival international de journalisme. Du 13 au 15 juillet, il attire tous les médias et des grands noms de la profession. Une notoriété éphémère mais appréciable pour Couthures-sur-Garonne. Situé au bord de la Garonne et en zone inondable, le village de Couthures, qui accueille le Festival international du journalisme, se bat pour exister. Les ressources économiques ont disparu, les habitants ont vieilli, mais la solidarité est toujours là. Le bus qui récupère les journalistes et conférenciers pour le Festival International du journalisme à Couthures-sur-Garonne vient d’arriver, à mon gîte de Marmande, à 10 kilomètres du site du Festival.


Cédric Herrou passe au contrôle de sécurité.

Je monte et mon voisin c’est Cédric Herrou, il est serein, zen, décontracté et d’un calme olympien. Reconnaissable par ses lunettes rondes du philosophe Jean-Paul Sartre et barbe, je m’empresse de sortir mon appareil photo. A ma question pourquoi aide-t-il des migrants ? Il me répond qu’à l’âge de 18 ans, il voulait aller en Afrique mais n’avait visité qu’un pays du Maghreb. Il est rentré en France, maintenant c’est l’Afrique qui vient à lui.

Depuis 2015, un modeste agriculteur français, de la vallée de la Roya, région frontalière de l’Italie, engagé auprès des migrants. Producteur d’olives bio et éleveur de 500 poules sur les pentes rocailleuses de la vallée de la Roya, il accueille des migrants, jusqu’à 80 à la fois, chez lui, sur son terrain en pente, dans un campement en fortune. Cédric Herrou, a décidé, avec le soutien d’habitants de la vallée, d’accueillir des réfugiés, qui, venus des camps de Vintimille, passent la frontière pour déposer une demande d’asile en France. Des migrants venus du Nigeria, d’Ethiopie,, d’Érythrée fuyant la guerre, la faim; des femmes enceintes, des jeunes gens, qui se retrouvent bloqués à Vintimille et échouent dans la vallée de la Roya en tentant de passer la frontière Franco-italienne.

Cédric Herrou, longtemps, se revendiquait « délinquant ». Mais il n’est plus hors-la-loi, avec la reconnaissance du principe de fraternité au cœur de son combat humanitaire auprès des réfugiés. Il n’empêche : cet homme intègre divise et dérange. A la fois les autorités, le préfet des Alpes-Maritimes qui le poursuit devant la justice, et l’extrême droite. Cet homme, Cédric Herrou, n’est pas seul: il est entouré d’autres habitants de la Roya, tout aussi solidaires, notamment d’une infirmière, d’une avocate, d’un cinéaste, Michel Toesca, qui l’a filmé depuis le début de son engagement dans l’anonymat, en 2015. Deux années filmées en amateur durant cette lutte quotidienne, altruiste et triviale, paradoxale.

Distingué à Cannes par une mention spéciale à l’OEIL d’or, ce documentaire en immersion est exceptionnel. Il fait saisir sur le vif le sens d’un combat pour la dignité et fait peu à peu émerger la figure d’un vrai héros, d’un héros tout simple, qui ne se prend au sérieux mais sait aussi tenir tête aux forces de l’ordre et représentants de l’Etat…Juste parce qu’il veut continuer d’être « Libre », libre de manifester sa fraternité avec des clandestins, libre de leur permettre d’exercer leur droit d’asile en France…

Pour le cinéaste, Michel Toesca, ce documentaire « n’est pas un film militant ». « Pour moi, c’est un film politique. Cédric n’a jamais été un militant, moi non plus, c’est simplement une réaction humaine ».

La simplicité du film fait donc sa force. Disponibilité et connivence avec le milieu filmé. Absence d’équipe. Débrouille. Tournage à l’épaule avec une caméra périmée. En cela aussi, le film est en cohérence avec l’objet filmé.

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