Coupe d’Afrique des nations de 2019. Un changement qui n’a pas livré tous ses secrets

Le Cameroun s’est vu retiré, le 30 novembre,l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations de football de 2019. En cause de nombreux retards constatés dans la construction des infrastructures. Si ce retrait n’est pas une surprise, tant les missions d’inspection de la Confédération africaine de football se sont multipliées, plus que habitude et,sur le terrain ces derniers temps, la gestion du dossier, par contre, s’avère pour le moins brouillonne et soulève bien d’interrogations. Car, en même temps qu’elle dessaisit le Cameroun de la CAN 2019, l’instance qui gère le football africain accorde au pays des Lions Indomptables l’organisation de celle de 2021, déjà attribuée à la Côte d’Ivoire qui n’a pas été consultée avant ce glissement.

Par Elisée Charles Gonçalvès

Le président de la Confédération africaine de football (CAF) a choisi unilatéralement d’attribuer l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de 2021 au Cameroun. Ahmad Ahmad en a informé les autorités camerounaises par courrier. Il a pris cette décision alors que la commission de la CAF, chargée de ce choix stratégique, ne s’était pas encore réunie et n’avait pas statué sur cette question. Pour rappel, la CAF a décidé de ne plus attribuer la CAN 2019 au Cameroun notamment pour des raisons de retards dans la construction des infrastructures, entre autres. Dans un courrier signé du président de la CAF, ce dernier remercie le chef de l’État camerounais, Paul Biya, pour son implication personnelle pour la réussite de cet événement et propose au Cameroun « d’achever dans le confort et la sécurité la totalité des projets prévus pour cette manifestation ». Il faut ajouter que ce choix unilatéral du patron de la CAF vient bouleverser la donne, puisque la Côte d’Ivoire devrait normalement organiser la CAN en 2021.

La maladresse d’Ahmad Ahmad

Dans ce dossier, il faut dire que, même si les faits peuvent conforter ce chamboulement calendaire − le Cameroun n’ayant pas encore achevé la construction des infrastructures devrant abriter cette compétition −, Ahmad Ahmad a pour le moins fait preuve de maladresse dans cette prise de décision. En effet, les autorités ivoiriennes semblent avoir été tenues à l’écart de la décision de la CAF que son président tente, après coup, de justifier estimant que, tout comme le Cameroun qui n’est pas prêt pour organiser la CAN en 2019, la Côte d’Ivoire ne sera pas prête pour 2021. Mieux, il affirme avoir informé les autorités en charge du football ivoirien de cette décision au préalable (ministère des Sports et Fédération ivoirienne de football).

Les autorités ivoiriennes réagissent

Faux, retorquent lesdites autorités. Le 4 décembre, le ministre ivoirien des Sports, Danho Paulin, réfute cette hypothèse et confirme que la Côte d’Ivoire pourra respecter son engagement. Le 5 décembre, c’est au tour de Sidy Diallo, le président de la Fédération ivoirienne de football (Fif) de monter au créneau, affirmant n’avoir pas été approché par la CAF pour un quelquonque report. Et de demander des éclaircissements à l’institution en charge du football africain. Il se murmure que la Côte d’Ivoire entend saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour faire revenir la CAF sur sa décision. Le président du comité d’organisation de la CAN en Côte d’Ivoire, Feh Kessé Lambert, ne s’est pas encore prononcé, mais son parcours exemplaire, sa rigueur administrative et le professionnalisme dont il fait preuve ne sont sûrement pas étrangers à la réaction prompte des officiels ivoiriens et des médias qui ont brandi des piles de photos démontrant l’état d’avancement des travaux de construction et de réaménagement des infrastructures nécessaires pour accueillir cette grand-messe du football africain en 2021. Pour rappel, la Côte d’Ivoire, qui a accueilli, l’an dernier, les Jeux de la francophonie dispose déjà d’une certaine expérience dans l’organisation des grands rassemblements sportifs.

Des interrogations subsistent

Dans tout cet imbroglio juridico-sportif, de nombreuses zones d’ombre attendent d’être éclaircies. Mais la véritable question qu’il faut se poser est de savoir si les règles concernant l’attribution de la CAN ont été vraiment respectées. Si oui, pourquoi, en même temps qu’on retire au Cameroun l’organisation de la CAN 2019, lui attribue-t-on dans la foulée celle de 2021 ? Pourquoi les autorités ivoiriennes disent-elles n’avoir pas été prévenues ? La commission de la CAF s’est-elle vraiment réunie avant de statuer sur cette décision ? Pourquoi le procès-verbal de ladite réunion n’a-t-il pas été envoyé en pièces jointe au courrier ? Ahmad Ahmad n’était-il pas au courant de l’état d’avancement des travaux, lui qui, lors d’une visite à Yaoundé le 2 octobre dernier, où il a été reçu par le président Paul Biya, affirmait, la main sur le cœur, que l’organisation « n’avait jamais réfléchi à un retrait » de la CAN 2019 au Cameroun ? Autant de questions qui restent sans réponse.

Les raisons du discrédit de la CAF

La décision d’Ahmad Ahmad dans ce dossier démontre le peu de professionnalisme de l’institution qu’il dirige. Et même le passage de 16 équipes à 24 équipes ne va pas effacer le discrédit qui est jeté sur le président et son institution. En effet, même si les experts disent que c’est objectivement impossible pour le Cameroun et la Côte d’Ivoire d’organiser cette compétition en 2019 et en 2021, d’après Constant Omari Selemani, le vice-président de la CAF, il faut remarquer que la procédure d’attribution de la CAN est loin d’avoir respecté les normes. En effet, tout porte à croire que le président de l’organisation avait déjà pris sa décision depuis belle lurette. Mais, pour des considérations politiques et électorales au Cameroun, il a préféré attendre la réélection de Paul Biya avant de faire cette déclaration fracassante. Pourquoi ?

Y a-t-il eu un « gentleman agreement » entre les deux personnalités ? Si oui, quelle a été la contrepartie de cet accord ? En tout état de cause, c’est à la Côte d’Ivoire de payer les pots cassés puisque la déprogrammation risque de ne pas répondre à certains objectifs politiques des autorités ivoiriennes. Comme deuxième conséquence, il faut souligner le spectre d’une organisation calamiteuse de la CAN 2019, puisqu’à six mois du début de la compétition, le pays organisateur ne sera connu que le 9 janvier prochain.

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