Gabon : Rose Christiane Ossouka Raponda aux commandes des forces armées gabonaises

Par Laure Tanoho –

Huit ans après Angélique Ngoma (2009-2011), les forces armées gabonaises sont de nouveau sous le commandement d’une femme, Rose Christiane Ossouka Raponda. Une sacrée promotion pour l’ancienne ministre du Budget, maire de la capitale depuis 2014.

Elle est entrée, le 30 janvier dernier, dans le cercle très fermé des femmes à la tête des armées de leur pays dans le monde, et plus particulièrement en Afrique. Au Gabon, la nomination de cette quinquagénaire au poste de ministre d’Etat, ministre de la Défense nationale et de la Sécurité du territoire, l’un des plus puissants et stratégiques du pays, est une surprise. Maire de la capitale gabonaise, Libreville, depuis 2014, Rose Christiane Ossouka Raponda n’est pas dans le premier cercle du chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba, ni un poids lourd du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir). Plus surprenant encore, sa nomination est intervenue quelques jours seulement après la formation d’un nouveau gouvernement, le 12 janvier 2019, entré en fonction trois jours après. Quinze jours plus tard, rebelote : nouveau remaniement gouvernemental, qualifié de «réaménagement technique ». Etienne Massard Kabinda Makaga, en poste depuis 2016, après avoir détenu le portefeuille des Affaires présidentielles, et réputé proche du président gabonais est, contre toute attente, débarqué du ministère de la Défense et remplacé par l’édile de la capitale.

En mission commandée à la mairie

Proche de Patience Dabany, mère d’Ali Bongo, Rose Christiane Ossouka Raponda, Librevilloise pur jus, née à Toulon, un quartier de la capitale, n’est pas un apparatchik du pouvoir. Diplômée de l’Institut gabonais d’économie et des finances, spécialiste en finances publiques, elle a commencé sa carrière comme directrice générale de l’économie, directrice générale adjointe de la Banque de l’habitat du Gabon (BHG). En 2012, elle est nommée ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique. Dans le roulis permanent du PDG, sur fond de guerres ethniques, elle quitte le gouvernement et envoyée à la conquête de la mairie centrale de la capitale, alors qu’elle n’était que conseillère dans le troisième arrondissement. Mais qu’importe ! Elle est en mission commandée et soutenue par le puissant appareil du PDG, le chef de l’Etat en tête. Tout naturellement, Rose Christiane Ossouka Raponda est élue maire de Libreville en février 2014. A 50 ans, elle devient la première femme à la tête cette municipalité depuis 1956, année où la ville est érigée en commune indépendante.

Technocrate, adepte d’un système managérial strict, Rose Christiane Ossouka Raponda, membre de l’ethnie mpongwè (la plus importante communauté de Libreville et ses environs), sait qu’elle est assise sur un volcan. L’Hôtel de ville de Libreville est un concentré de tous les maux et dérives du champ socio-politique gabonais, où se mêlent luttes claniques, corruption, clientélisme, dépenses faramineuses, etc. Mais l’ancienne cadre de la BHG est décidée à faire le ménage dans la maison, avec pour leitmotiv, la « gestion positive de la municipalité ». Malgré les grognements et les chausse-trappes, celle qui fut rapidement surnommée la « Dame de fer », met sur pied un programme comprenant une vingtaine de projets.« Pour marquer ce programme d’une pierre blanche, j’envisage d’axer celui-ci sur des actions fortes », annonce-t-elle.

Calme et détermination

D’un tempérament calme, mais femme déterminée, Rose Christiane Ossouka Raponda mène des changements tous azimuts à tous les étages de la maison. Forcément des dents grincent, mais elle parvient, en quelques mois, à débarrasser la mairie des mauvaises branches et à redorer son image de marque. Parallèlement, elle s’attache à faire de Libreville une ville moderne, avec collecte des déchets, adressage, entre autres.
Elue en novembre dernier présidente de Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA ),le plus grand rassemblement panafricain des villes et collectivités territoriales, pour un mandat de trois ans (qu’elle doit céder à son successeur),Rose Christiane Ossouka Raponda laisse derrière elle une mairie désormais sur les bons rails.Sa nomination à la tête des forces armées, « la surprise du chef », est le « début d’une prodigieuse ascension », pronostique-t-on déjà dans certains milieux politiques gabonais où on la voit occuper prochainement le poste de Premier ministre.

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