Congo : Marien Ngouabi, une icône du continent africain

Il demeure à ce jour, le plus populaire des présidents de la République qui se sont succédé à la tête du Congo-Brazzaville. Mais il est méconnu dans plusieurs pays africains et à l’international. Portrait d’un homme, qui plusieurs années après sa disparition, continue de marquer l’histoire de son pays.

Par Elisée Charles – Gonçalvès

Le 18 mars prochain, les Congolais vont commémorer la mort de Marien Ngouabi, ancien chef d’Etat, dont le mandat fut aussi bref que brillant (31 décembre1968-18 mars 1977). Alors que tout est mis en œuvre pour immortaliser des personnalités comme Agostino Neto, Amilcar Cabral ou Thomas Sankara. Ce dernier n’avait pas hésité à désigner Marien Ngouabi comme une icône et un grand combattant pour la liberté des peuples africains.
Et pourtant, aujourd’hui très peu d’écrits retraçant son histoire sont connus du public. A cette occasion, nous nous proposons de rectifier le tir en faisant connaître les grands événements de son parcours politique, son héritage, sa carrière militaire et ses origines.

Un parcours politique atypique

La carrière politique de Marien Ngouabi est étroitement liée à l’histoire politique de la République populaire du Congo d’alors. Tout commence véritablement en 1966. Capitaine dans l’armée, il est désigné comme membre du Comité central du Mouvement National de la Révolution (MNR), le parti unique. Comme beaucoup d’officiers, il vit mal les changements voulus par le pouvoir politique. Très tôt, il émet de vives critiques à l’endroit du président d’alors, Massamba-Débat. Muté à Pointe-Noire, il refuse, et est aussitôt fait prisonnier.

Après des soulèvements, Ngouabi est remis en liberté. Il a désormais une certaine stature dans l’armée et il s’impose comme le chef de file des officiers soucieux d’une politique plus sociale. Après l’arrestation et l’emprisonnement de Mas samba-Débat, le Comité National de Révolution (CNR), mis en place en remplacement du MNR, devient l’organe suprême de l’Etat le 31 décembre 1968. Marien Ngouabi qui en est le responsable, devient le troisième Président du Congo, à l’âge de 30 ans. En effet, quand il prend la tête du pays, les secteurs primaires et secondaires sont prometteurs y compris les services publics.

Au cours des premières années de pouvoir, Marien Ngouabi entreprend la reconstruction politique de la société congolaise sur le modèle soviétique, même si les secteurs clés de l’économie restent aux mains des occidentaux. Très vite, ce bipolarisme socio-capitalisme entraîne de multiples tentatives de déstabilisation soutenues. Mais, il résiste et est perçu par les populations comme un héros. A partir de 1975, le système mis en place par Marien Ngouabi montre de plus en plus ses limites. C’est le début de la fin.

Le 18 mars, un commando armé entame une fusillade dans l’enceinte de sa résidence. Blessé par balles, il est conduit en urgence quelques minutes plus tard à l’hôpital militaire de Brazzaville. Peu de temps après le médecin légiste le déclare mort. Les commanditaires de cet assassinat ne seront jamais identifiés. C’est la fin de la plus grande figure révolutionnaire du Congo-Brazzaville.

Un héritage conséquent pour les Congolais

Il a légué au peuple congolais un ensembe d’institutions fortes. Il s’agit notamment du Parti Congolais du Travail (PCT), implanté partout sur le territoire national.Il a également rendu la dénomination officielle du pays, les symboles de la République et le drapeau plus adaptés aux réalités congolaises. Plus tard, il instituera’’ La Congolaise’’ comme hymne national.

Quatre organisations de masse sont chargées d’encadrer les différentes composantes de la population. Il s’agit de la Confédération Syndicale Congolaise, l’Union Révolutionnaire des Femmes Congolaises, l’Union de la Jeunesse Socialiste Congolaise, et l’Union Nationale des Écrivains et Artistes Congolais créée quelques années plus tard. Ces organes permettront aux Congolais d’acquérir à la fois une culture politique, éducative et culturelle, qui continuent d’imprimer le développement de ce pays.

En 1971, Marien Ngouabi crée par ordonnance l’Université de Brazzaville. Fin juillet 1972, il convoque une Conférence nationale, chargée de réfléchir aux grandes orientations du pays. Le forum ne produit pas de résultats significatifs mais lui permet tout de même de s’allier une grande partie des membres de certains opposants exilés, dont l’Association des Étudiants Congolais (AEC), venus de France.Sur le plan international, le régime de Ngouabi apporte son soutien aux mouvements progressistes de libération dans les colonies portugaises d’Afrique.

Particulièrement en Angola, le MPLA d’Agostino Neto trouve du côté de Brazzaville une base arrière dans son conflit contre le Portugal, puis contre les mouvements rivaux de l’UNITA et du FNLA. Il inspirera de nombreux leaders révolutionnaires dont le plus célèbre sera le capitaine Thomas Sankara, avec qui il aura des relations très amicales. D’ailleurs très modeste (il n’avait qu’une maison), il mettra tout en œuvre pour que les Congolais soient les principaux bénéficiaires des richesses de son pays. C’est donc naturellement que ses successeurs Yhombi-Opango, Denis Sassou Nguesso instituent un culte national en mémoire de lui et de son œuvre.

L’Université de Brazzaville est même rebaptisée à sa mémoire.En 1991, la Conférence nationale souveraine le replace en bonne position dans l’histoire congolaise et réhabilite par la même occasion les autres anciens Présidents du Congo tels que Fulbert Youlou, Alphonse Massamba-Débat et Joachim Yhombi-Opango

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