Interview : Jean Ahoua, une reconversion professionnelle réussie

De la comptabilité à la maroquinerie, Jean Ahoua, est l’archétype de l’entrepreneur au parcours atypique. Autodidacte, il doit sa reconversion à son courage, à son abnégation et surtout à sa dévotion pour la maroquinerie. Interview d’un homme qui a su allier passion et intuition, pour faire de son rêve une réalité.

Par Charles Elisée –

Pouvez-vous vous présenter et nous parler également de votre entreprise ?
Je suis un autodidacte, à la fois bottier et maroquinier. Bref, je suis le gérant et le fondateur de l’entreprise Gona Maroquinerie, spécialisée dans la transformation du cuir en différents objets. Je fabrique des sacs, des chaussures, des ceintures, des gadgets et des étrennes publicitaires pour des sociétés. Il existe aussi un volet textile au sein de mon entreprise. Et tout cela grâce à mes compétences et à mon esprit de créativité

Comment s’est passée votre reconversion ? Et pourquoi avez-vous choisi cette profession ?
Comptable de formation j’ai travaillé en entreprise à mes débuts. Et un jour, je prends la décision de m’orienter en cordonnerie. Quand bien même que le secteur de l’artisanat est perçu peu prometteur en Côte d’Ivoire. Je ne voulais plus travailler dans un bureau entre quatre murs, mais créer mon entreprise. Avec la bénédiction de mes parents, notamment mon père qui, à l’époque était juriste. J’ai appris le b.a.-ba de la réparation des chaussures chez un Ghanéen, ami à mon père. Et après j’ai décidé de partir. Je suis allé chez d’autres artisans pour continuer à apprendre les rudiments du métier. Ces expériences m’ont permis de m’auto-former en fabrication de chaussures. Sans oublier de m’autoformer aussi en maroquinerie. A ce jour, je fabrique tous types de sacs. Voici résumé un peu le parcours de ma formation.

Qu’est-ce qui vous différencie de vos concurrents ?
J’exerce ce métier par amour. Je voulais être autonome et indépendant. Il fallait donc que je travaille. Et quand on accepte un travail, il faut bien le faire. Le fait de créer des produits ‘’Made in Côte d’Ivoire’’, de réorienter ma façon de travailler, d’intégrer un savoir-faire à mes collaborateurs, d’avoir une vision économique et financière de mon entreprise, me différencie des autres. C’est une entreprise qui a pour objectif d’apporter du bonheur aux autres, en fonction de leur besoin. En effet, autrefois les sociétés achetaient des étrennes publicitaires à l’extérieur. Aujourd’hui, elles m’adressent leur demande. Ce qui freine l’entrée des produits importés sur le marché ivoirien. Cela contribue à la baisse du chômage. Le fait de livrer 100, 1000 ou 2000 produits identiques nous différencie des autres. Le fait de de respecter le client nous différencie des autres.

Quels sont les moments de votre carrière qui vous ont le plus marqué ?
J’ai démarré mon entreprise avec la somme de 15000 francs CFA d’aide de ma sœur. Cette somme m’a permis d’acheter mes premiers outils. Donc je n’ai pas eu de prêts bancaires. J’ai connu des hauts et des bas. Pour la petite histoire, il y a eu des jours où aucun client ne venait me voir. Je fermais l’atelier à 19h comme d’habitude. Et Je devais rentrer à la maison sans rien dans mes poches. Je faisais 2h de route à pied. Et toujours le même manège. Mais ce qui m’a permis de surmonter cette période difficile, c’était l’accueil chaleureux que me réservaient mes enfants à mon arrivée à la maison. Toutefois, je m’en suis sorti sans l’aide de mes parents. J’avais des difficultés que je réglais seul. Tout cela m’a permis d’être celui que je suis aujourd’hui.

Quelles sont vos perspectives ?
Il faut redorer le blason de notre corporation par la mentalité. Il faut que ceux qui exercent dans notre corporation se prennent au sérieux. Aujourd’hui, il n’y a plus de sots métiers, il n’y a seulement qu’une vision, un objectif à atteindre. Si tu veux être petit, tu demeureras petit. Si tu veux être grand, tu chercheras différents canaux pour être grand. Voilà comment je vois les choses. Notre priorité au niveau de notre entreprise c’est d’améliorer notre capacité de production pour répondre aux besoins de la clientèle en tous genres. Sur les 30 000 000 d’habitants que compte la Côte d’Ivoire. Chacun a au minimum deux paires de chaussures mais vous ne verrez qu’en majorité que des chaussures importées. Nous n’avons pratiquement pas de PIB en matière de chaussures. Ce n’est pas normal car tout ce que nous portons vient de l’extérieur.

Pourquoi ne pas avoir une école de formation dans le domaine alors que les gens se chaussent tout de même. Il ne s’agit pas de se protéger les pieds, il s’agit d’habiller les pieds. Aujourd’hui quand on voit nos autorités, nos directeurs bien habillés, bien chaussés, c’est de l’artisanat. L’artisanat est mal valorisé pourtant c’est un levier économique. Les artisans transforment et promeuvent des produits locaux. Il ne faut pas tuer le secteur de l’artisanat, car il rentre dans le secteur des petites et moyennes entreprises qui font 98% du tissu économique et il absorbe 23% de la population. Il faut protéger le secteur, promouvoir le secteur. Il faut aider le secteur, promouvoir le secteur. Il faut aider ceux qui sont déjà installés à avancer par la formation, par la réinsertion. Aujourd’hui, notre entreprise a une vision de former les jeunes, de les installer dans toutes les grandes régions de sorte qu’il y ait des fabriques de bottes ou de maroquineries qui soient installées.

GONA MAROQUINERIE

Les habitants pourront y aller pour acheter leurs chaussures, leurs ceintures. On crée ainsi des richesses. Il faudrait pour que cela marche que l’Etat prenne des mesures pour accorder la priorité au marché intérieur. On a 30 000 000 de personnes à chausser et jusqu’à présent on n’a pas encore chaussé 100 personnes. Ce qui n’est pas normal. Quand on fait le point de tous les accessoires importés pour la police et la gendarmerie, ce n’est pas normal. Qu’est-ce que ça coûte aux autorités de mettre à notre disposition un milliard de francs CFA pour ouvrir une unité de production pour équiper nos forces de l’ordre et par la même occasion donner de l’emploi aux jeunes ? Il ne faut pas tuer l’artisanat parce que c’est l’un des piliers de notre économie.

Votre dernier mot ?
La réussite est parfois en nous-mêmes. L’Europe s’est construite par les Européens. Les Etats-Unis ont été construits par les Américains. L’Afrique aussi doit être construite par les Africains. Il faut que nos autorités créent des mécanismes pour que ces jeunes restent. En ce qui me concerne j’ai commencé avec 15 000 francs CFA. Je pouvais aller en Europe et avoir une autre vie mais ça ne m’a jamais intéressé. Je me suis lancé un défi, celui de réussir chez moi. Connaître les problèmes de chez moi mais aussi identifier les opportunités qui se présentent. L’Europe n’est pas synonyme de réussite.

Il y en a qui vont mais qui échouent. Nous voulons la paix dans notre pays, la paix en Afrique pour mettre à profit les multiples potentialités que nous avons. Que ceux qui ont les moyens, qui ont les poches bourrées soient plus généreux. Il y a tellement de choses qu’on peut faire, tellement d’opportunités à saisir. Vraiment je n’envie pas ceux qui partent à l’aventure. S’ils y vont pour les études, c’est très bien. Mais qu’ils reviennent pour investir car c’est l’Afrique qui en profite. J’ai des commandes d’Europe mais je n’y ai jamais mis les pieds. Je me sens tellement bien chez moi que ça ne m’a jamais effleuré l’esprit. Nous avons des valeurs et il faut les mettre à contribution plutôt que de laisser les projets dormir dans les tiroirs. Dans mon cas par exemple, il faut que l’Africain porte africain comme les autres le font.

Atelier Gona Maroquinerie – Jean Ahoua

Gona maroquinerie :
– cell : 0022522433276
– cell : 0022558464002
– email:gonamaroquinerie@yahoo.fr
Abidjan – Côte d’Ivoire

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