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Cameroun : Y a-t-il encore un pilote dans l’avion de Camair-Co ?

La plus ancienne des compagnies aériennes du continent africain traverse en ce moment une zone de turbulences.

Par Josué Blaise Mbanga Kack

Il y a exactement 100 jours qu’arrivait aux manettes de Camair-Co, la compagnie aérienne camerounaise, Louis George Njifendji Kuotu. Le nouveau directeur général qui remplace Ernest Dikoum, à la tête du fleuron national et porte étendard du pays a été pendant deux années son président du conseil d’administration. Certaines sources internes souhaitant garder l’anonymat disent que Louis George Njifendji Kuotu, a passé l’essentiel de son temps à savonner la planche à son prédécesseur Ernest Dikoum. Alors que ce dernier a été pendant longtemps dans le top management du monde de l’aviation, notamment dans la prestigieuse compagnie Emirates. Son successeur est administrateur civil.
Donc il découvre le monde de l’aéronautique depuis le 27 mai, à la suite d’un conseil d’administration tenu au pied levé à Yaoundé, capitale du pays. Déjà des langues se délient. Fustigeant l’état de ses services qui n’est pas en phase avec la prestigieuse fonction de directeur général de Camair-Co. Jamais son nom n’a figuré dans l’organigramme en haut de l’affiche. Au niveau opérationnel, les recherches indiquent son parcours de louveteau. Protégé du sultan des Bamoum, ethnie à l’Ouest du Cameroun, sa fiche technique indique qu’il n’a jamais franchi le palier de chef de service de l’administration centrale.

Depuis, le champ de bataille s’est transporté sur les réseaux sociaux entre la tendance proche du directeur général et la tendance proche du président du conseil d’administration Ngallé Bibehe, qui est par ailleurs le ministre des Transports, donc son ministre de tutelle. Tout est parti d’un communiqué signé par le directeur général concernant les nominations des directeurs opérationnels de la compagnie. Alors qu’il n’en a pas le droit sur le plan règlementaire selon les textes Ohada (Organisation pour l’Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique). Cela relève du conseil d’administration.

Dès lors, c’est une vraie guerre que se livrent les deux parties. La preuve, après le communiqué de nomination du personnel du directeur général le président du conseil d’administration lui a aussitôt rappelé les priorités définies lors du dernier conseil d’administration : un audit interne sur le plan des infrastructures, des ressources financières et humaines, et l’accent mis sur le volet commercial de la compagnie. Et d’ajouter : « Il vous a été demandé de tout mettre en œuvre pour stabiliser l’entreprise et de maîtriser son environnement avant tout mouvement du personnel ». Un rappel du règlement qui n’est pas du goût du directeur général et son équipe. Les coups vont même en dessous de la ceinture. Morceaux choisis : la nouvelle équipe dirigeante se démarque par une incompétence notoire ; une mafia bien orchestrée qui se dévoile au grand jour sur les réseaux sociaux…

Retour sur les statistiques d’exploitation. On dirait que la nouvelle équipe réinvente l’aviation. Comment expliquer 30% du nombre de passagers entre les mois de juillet et août avec un avion ERJ 145 en moins dans son exploitation ? Un chiffre d’affaires annoncé en augmentation alors que les charges restent largement supérieures et, avec deux mois d’arriérés de salaires ? Pour quel intérêt ? Faut-il encore ternir l’image de la compagnie nationale pour impressionner les administrateurs avant le prochain conseil d’administration ? Voilà où s’achève la litanie tirée au vitriol.

Cette ambiance délétère vient trouver une compagnie qui avait déjà du plomb dans l’aile. Un parc d’avions totalement paralysé. Ce qui amène Camair-Co à retourner à la location d’avions. Depuis quelques temps les partenaires de la compagnie camerounaise se retirent un a un. C’est le cas de la société Chronos dirigée par le Grec Georges Cayavas qui a retiré pour non payement de la note de 550 millions de FCFA son Embraer ERJ 145 de 50 places. Des sources annoncent également le retrait d’autres prestataires de la filière leasing dans les prochains jours. Les mêmes sources parlent de deux mois d’arriérés pour les trois avions en leasing, à savoir la location. Le coût de l’opération se lève à environ 1 milliard 200 millions de francs CFA de dette. Très expansive pour une compagnie qui vole au trois quart vide, louer 600 millions de coût de location par mois pour trois avions relève de l’inqualifiable.

En plus de ce tableau noir, les deux Boeing 737-700 acquis par Camair-Co sont cloués au sol à Douala, la capitale économique du Cameroun depuis plus d’an. Les deux appareils rapportaient 2,6 milliards par mois à la flotte camerounaise. La compagnie a opté pour la location au lieu de l’achat. Les experts sont unanimes, c’est une fausse piste. Petit calcul mental un Embraer 145 de 50 places qui est aujourd’hui loué par Camair-Co âgé de 22 ans à l’achat revient à 2 millions de dollars. Camair-Co loue à 300 millions par mois. En 4 mois, on a bouclé le budget d’achat et la compagnie s’en tire gagnante. Mais le top management a opté pour l’inverse. Camair-Co loue un Boeing 737-500 âgé de 25 ans pendant ce temps les deux 737-700 sont cloués au sol à Douala. Les équipages ne volent pas juste parce que les licences ont expiré. Histoires drôles et drôles de gens. Pour redonner un envol à l’une des compagnies les anciennes du continent, juste un sursaut patriotique et une bonne compréhension dans l’ensemble de la chaîne de prises de décision pour redonner des ailes à Camair-Co.

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