Cameroun : Souvenons-nous de Ruben Um Nyobe

Un jour historique volontairement ignoré des pouvoirs publics le 13 septembre…

Par Josué Blaise Mbanga Kack

Le 13 septembre 1958 le père de l’indépendance du Cameroun Ruben Um Nyobe tombait par balles dans le maquis de Boumyebel, localité située non loin de la petite ville d’Eseka en pays Bassa en pleine forêt équatoriale. Ruben Um Nyobe militant syndicaliste de la première heure, ancien secrétaire général de l’Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC) et par ailleurs fondateur de l’Union des populations du Cameroun (UPC).

L’UPC était membre du Rassemblement démocratique Africain (RDA), son leader Ruben Um Nyobe assurait les fonctions de vice-président de ce mouvement panafricaniste depuis le congrès de Bamako au Mali en 1946. Cet ancien apprenant du cercle d’étude marxiste qu’animait le Français Gaston Donnat, instituteur et militant du Parti communiste français. Ce passage dans ce milieu idéologiquement bien marqué avait fini par convaincre le colon français que c’est l’homme à abattre.

Depuis les indépendances administratives, les différents régimes, le tout premier à lancer les hostilités n’est autre que André Marie Mbida, Premier ministre sous la loi Gaston Defferre. Il est allé jusqu’à demander l’élimination systématique de Ruben Um Nyobe ainsi que la quasi-totalité du peuple Bassa dont le leader de l’UPC est un descendant. Cette option extrémiste et brutale a effrayé même les colons français qui étaient obligés de changer de carte politique. L’administration coloniale décide de choisir le jeune Peul du Nord du Cameroun Ahmadou Ahidjo sans aucun passé politique. Et que rien ne prédestinait à jouer un rôle central dans un pays aussi complexe que le Cameroun.

Le régime Ahidjo excelle dans la barbarie. Le but recherché c’est de faire disparaître la moindre trace qui rappelle l’UPC et Ruben Um Nyobe. Le parti est alors contraint à la clandestinité jusqu’au retour au multipartisme au début des années 90. Mais dans les années 80 sous le régime Biya, et durant ses premiers mois de prise de fonction il y a eu un semblant de souplesse. Sauf que cet état de vache grasse a été vite refermé avec l’arrestation des cadres de l’UPC, voire presque l’essentiel de la direction du parti en 1985.
Même cette année encore, la mémoire collective du pays va rester sélective à propos de Ruben Um Nyobe quand l’on sait que le journal gouvernemental Cameroon Tribune et la télévision nationale ont une ligne éditoriale avec son aversion de l’histoire institutionnelle.

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