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France : Jacques Chirac, le dernier Françafricain est mort, à 86 ans.

Le dernier gaulliste français quitte la scène au moment où l’Afrique est en pleine mutation et à la recherche de son identité. Il n’a pas pu assister à l’enterrement de la France-Afrique dont il a été l’un des piliers.

Par Josué Blaise Kalck

« La démocratie est un luxe pour les Africains », déclarait Jacques Chirac, sans fond d’humour au début des années de braise. C’était l’époque où la jeunesse africaine revendiquait le multipartisme et la démocratie à cor et à cri. Cette déclaration a été tenue devant le président ivoirien de l’époque, à qui le président français venait par-là apporter le soutien total pour le maintien de son régime. Cette scène historique s’est déroulée au bord de la lagune Ebrié à Abidjan en Côte d’Ivoire.

Le président français, mort le jeudi 26 septembre 2019 aux premières heures, avait coutume de cette phraséologie condescendante lorsqu’il s’agissait de s’adresser à ses homologues du continent africain. Parallèlement, il avait l’art de savoir entretenir des rapports assez étroits avec des dirigeants africains parfois très peu recommandables selon les canons stricts de la démocratie. Un homme au tutoiement facile. Avec la vieille garde des dirigeants africains, il avait des rapports à la fois très intimes, de complicité, et voire de connivence. De tous les présidents français de la Vème République, il était incontestablement celui qui incarnait le plus le gaullisme.

Il était très proche de Félix Houphouët-Boigny, le sage baoulé (ethnie du centre de la Côte d’Ivoire) avec qui il passait le plus clair de son temps à faire et à défaire les différents scénarios des ‘’dauphins politiques’’ dans les différentes capitales africaines. Très chaleureux et fraternel Jacques Chirac était le véritable héritier du général de Gaulle. Il est celui qui a rallumé et maintenu les fameux réseaux France-Afrique, à savoir la diplomatie parallèle et les affaires obscures. Il connaissait parfaitement les forces et faiblesses de ses pairs africains.
Et, comme dans un jeu de dames il savait pousser chaque pion au moment voulu et au gré des intérêts français. Beaucoup de panafricanistes et révolutionnaires africains continuent de lui demander des comptes sur l’assassinat de Thomas Sankara du Burkina Faso.
Avec l’ex-président Abdou Diouf du Sénégal, c’était plus fusionnel. Il était très admiratif de la vaste culture générale de son homologue sénégalais, surtout de sa rectitude morale. C’était un des meilleurs convives du couple Chirac.

Pour la petite histoire, l’une des filles d’Abdou Diouf a été élevée par le couple Bernadette et Jacques Chirac au nom de l’amitié. Cette relation de condescendance et de complicité était carrément du même tonneau : du nord au sud du continent. Tenez, pour édifier la profondeur de l’amitié qu’entretenaient Jacques Chirac et ses homologues africains au détriment des intérêts du continent était pathétique.

La preuve, lorsqu’en pleine crise au sujet de la démocratie, en Tunisie, Jacques Chirac est capable de privilégier ses rapports amicaux au détriment des valeurs universelles des droits de l’homme. Et ce devant un parterre de personnalités totalement médusé. Le président français lors de cette villégiature en véritable tintin au Congo, avait dit aux opposants tunisiens en exil que les droits de l’homme, c’est manger, boire et dormir pince-sans- rire. Il était ainsi et ses amitiés passaient avant tout. Au Gabon, aucun remaniement ministériel ne pouvait être fait sans une véritable causerie concernant le casting du personnel politique.

Le président Omar Bongo Ondimba avait au nom de cette amitié dit que l’Afrique et la France c’est comme une automobile : un moteur et un chauffeur c’est tout dire. Avec les différents rois du Maroc, la nature des liens était quasi familiale. En visite officielle au Cameroun, étant au nord du pays à Garoua, il apprend le décès du roi Hassan II, il abandonne le président Paul Biya du Cameroun pour se rendre au chevet de la famille royale éplorée. Il était ainsi, gérait ses amitiés au gré de ses intérêts, ceux de la France dans une hiérarchisation soutenue.

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