Cameroun : Après le dialogue place aux actes

Plus de 700 participants pour 5 jours d’un débat intense et dense pour le retour de la paix…

Par Josué Blaise Mbanga Kack

Tant sollicité le grand dialogue a finalement eu lieu. Pendant 5 jours : du 31 septembre au 4 octobre 2019 au palais des congres à Yaoundé, le gratin politico-administratif du pays s’est retrouvé dans la capitale politique du pays. Les délégations sont venues de l’extérieur ainsi que des quatre coins du Cameroun.

En trois ans le conflit a fait plus de 3000 morts et environ 4 millions de déplacés dans la zone anglophone du pays, notamment dans les régions du nord et du sud-ouest à la frontière avec le Nigeria. A ce jour l’accalmie n’est pas encore totale. Certes, il y a une baisse d’intensité entre les forces loyales et les sécessionnistes qui réclament une rupture avec la République du Cameroun.

Une partie importante de l’opinion nationale est en harmonie avec les résolutions. Pour le cardinal Christian Tumi, évêque émérite de Douala et originaire de la zone anglophone du nord-ouest, c’est la preuve que l’on a écouté tous les différents sons de cloche. Dès lors, le prélat se considère comme un homme comblé ; et demande de passer maintenant aux actes concrets. Un point de vue que partage également Eric Chinjé, Chairman de Kory Agency, l’une des voix les plus influentes du pays.

Selon ce journaliste, par ailleurs ancien intervieweur attitré du président Paul Biya, il est temps d’aller vite et de bien faire pour aboutir à la paix. Eric Chinjé a été aussi l’ancien patron de la communication de la Banque Africaine de Développement (BAD) ainsi que de la Banque Mondiale. « Il faut éviter de tomber dans le fétichisme des mots : fédéralisme, autonomie, décentralisation ou encore statut spécial des régions, l’essentiel c’est le contenu et non le contenant des expressions et surtout la réalité sur le terrain qui faut privilégier », précise-t-il. Avant d’ajouter : « Il est également souhaitable de confier à des personnalités crédibles le soin dans un gouvernement totalement astiqué d’implémenter les résolutions de Yaoundé ». C’est également le point de vue d’Anicet Ekané, président du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la démocratie (Manidem), un parti d’opposition, à Douala.

Des signes qui montrent néanmoins que le président Biya veut vraiment mettre à mal le vivre ensemble côté francophone et côté anglophone. Pendant les travaux, le chef de l’Etat a libéré 333 prisonniers ayant un lien avec les troubles dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest. Il a également mis fin aux poursuites judiciaires contre Maurice Kamto, son ancien ministre et président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) qui revendiquait sa victoire à la dernière élection présidentielle du 7 octobre 2018 malgré ses 14 % contre les 72 % pour l’actuel locataire du palais d’Etoudi (siège de la présidence de la République, à Yaoundé).
D’un point de vue politique, l’on pouvait s’attendre à ce que le jour de la fête nationale puisse revenir le 1 janvier qui coïncide avec le jour de l’indépendance. Car, l’histoire démontre que la quasi-totalité des pays célèbrent leurs fêtes nationales le jour de l’indépendance ou alors le jour où le peuple a pu par un soulèvement populaire inverser le rapport de force et imposer une nouvelle République. Autre observation que revendique d’ailleurs l’Union des populations du Cameroun de Ruben Um Nyobe, c’est le choix de l’appellation Kamerun qui va éviter aux francophones d’écrire Cameroun et aux anglophones Cameroon. On aura une seule forme de désignation du patronyme du pays KAMERUN. Bon à savoir, l’alphabète Bantou ne connaît pas la lettre C dans son lexique ni le vocal OU. C’est le cas de Kigali, Kagamé, Khartoum, Kinshasa, Kampala, etc…
Un fait très applaudi. C’est la question de la double nationalité très attendue par les Camerounais de la diaspora. Au même titre que la question du statut spécial des régions anglophones ainsi que le renforcement du bilinguisme dans l’espace public national. Il est également souhaitable que le chef de l’Etat camerounais à titre exceptionnel, profite de ce dialogue pour venir faire une déclaration d’engagement devant les représentants du peuple réunis (Députés et Sénateurs) pour prendre date avec l’histoire. Tout cela suivi d’un gouvernement de large ouverture.

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