Sommet de Pau : union renforcée entre la France et le G5 Sahel

Comme souhaité par le président français Emmanuel Macron, les cinq chefs d’Etat du G5 Sahel ont « clarifié » leur position sur l’intervention française dans la région sahélo-saharienne, le 13 janvier dernier au sommet de Pau, et plaidé pour un renforcement de la coopération militaire avec Paris.

Par Valentin Hodonou

De Mahamadou Issoufou du Niger à Idriss Deby Itno du Tchad, en passant par Roch Marc Christian Kaboré du Burkina Faso, Ibrahim Boubakar Keïta dit IBK du Mali et Mohamed Ould Ghazouani de la Mauritanie, ils étaient tous présents à Pau (sud-ouest de la France).

Oublié donc leur agacement après la sortie peu diplomatique du chef de l’Etat français Emmanuel Macron, début décembre, suite à la mort le 25 novembre dans le désert malien de 13 soldats français de l’opération Barkhane. Frustrées par la détérioration constante de la situation sécuritaire dans la région, les populations sahéliennes, à travers des déclarations relayées par des leaders d’opinion et parfois par des responsables politiques, mettent de plus en plus ouvertement en cause la présence des soldats français de l’opération Barkhane (1).

Irrité par ces critiques, Emmanuel Macron avait alors invité un peu vivement le 4 décembre au Sommet de l’OTAN à Londres, ses pairs du G5 Sahel à venir apporter à Pau des « réponses précises et nécessaires » au maintien de la France dans la région. Une invitation perçue comme une convocation en bonne due et forme par ces derniers.

Il est vrai qu’entre temps, le locataire de l’Elysée avait remis un peu d’huile dans les rouages, en allant rendre hommage au Niger, aux 71 militaires nigériens tués dans une opération impliquant plusieurs centaines de jihadistes d’une branche sahélienne de l’Etat Islamique contre le camp d’Inates dans l’ouest du pays. Opération revendiquée par le groupe Etat Islamique dans le grand Sahara.
Toujours est-il que, à l’issue de leurs discussions mardi dernier dans la paisible cité béarnaise chère à François Bayrou, – natif de la région, ancien ministre de Jacques Chirac et maire de cette ancienne capitale du Béarn- Emmanuel Macron et ses cinq « invités » du G5 Sahel ont annoncé sans surprise un renforcement de leur coopération militaire. Clarifiant ainsi la position de ces derniers vis-à-vis de l’intervention française dans la région.

Faisant également part de leur « reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les Etats-Unis », ils souhaitent qu’il se poursuive au moment où Donald Trump envisage de réduire la présence de Washington en Afrique.

« Mise en place d’un nouveau cadre politique et stratégique »

Déclarant aussi vouloir « accroître et coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne » qu’ils considèrent non sans raison comme la source de l’instabilité du Sahel, ils ont annoncé la mise en place d’un nouveau cadre politique stratégique et opérationnel baptisé « coalition pour le Sahel ».
Un cadre qui rassemblera les pays du G5, la France et les « autres partenaires », et structuré autour de quatre piliers : un pilier stratégique et militaire dont la tâche sera de recentrer les opérations militaires sur la région des trois frontières où se concentrent les attaques des jihadistes, un deuxième chargé de la formation des armées sahéliennes, un troisième qui s’occupera du retour de l’Etat et des administrations, et un dernier consacré au développement.

A la suite, Emmanuel Macron a décidé de renforcer Barkhane en annonçant l’envoi de 220 soldats supplémentaires. Lancé le 1er août 2014, Barkhane a succédé à Serval, qui a chassé AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique) et Ansar Dine du Mali. Associés au MNLA (Mouvement national de la Libération de l’AAZAWAD), les deux groupes jihadistes avaient mis en déroute en 2012, l’armée malienne dans le nord dont ils avaient pris le contrôle.

Mais La France reste désespérément seule dans cette lutte contre les jihadistes. Ses alliés européens regardent ailleurs. Et les appels sans cesse réitérés d’Emmanuel Macron pour les mobiliser pour qu’ils viennent combattre les terroristes islamistes aux côtés de la France, s’apparentent de plus en plus à des prêches dans le désert, alors que les groupes terroristes ne cessent de monter en puissance et de gagner du terrain et que la situation sécuritaire se dégrade de façon alarmante. Comme souligné par les Nations unies dans un rapport daté du 30 décembre 2019. Pour Marc Antoine Pérouse de Montclos, politologue et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), cette guerre est perdue d’avance. Pas très rassurant.

(1) Le chanteur vedette de la chanson malienne Salif Keïta et le ministre burkinabè de la Défense Chérif Sy ont vertement critiqué la France. « La France est derrière toutes les attaques terroristes au Mali », a déclaré le premier. Dans une interview accordée en juin dernier au journal sud-africain The Guardian, le second a dit « douter de la motivation de la France à lutter contre le terrorisme au Sahel »

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