Côte d’Ivoire : le président Ouattara déchire la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples

Le président Alassane Ouattara est un homme intelligent, qui connaît bien le fonctionnement des institutions internationales, hermétique à tout ce qui ne respecte pas les droits de l’homme et des peuples. Mais que s’est-il donc passé pour qu’il jette à la poubelle la Charte, ratifiée par son pays le 6 janvier 1992 et dont le Protocole de la création d’une Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a été adopté à Ouagadougou en juin 1998 ?

Par Faustin Dali

Alassane Ouattara est un animal politique. Victime d’un déni démocratique dans les années 90, il devient finalement président de la République de Côte d’Ivoire, suite à l’élection présidentielle le jeudi 2 décembre 2010. Contre la décision du Conseil constitutionnel qui avait invalidé son élection au profit du président sortant Laurent Gbagbo après que la Commission électorale indépendante (C.E.I) l’a déclaré vainqueur avec 54,1 % des voix contre 45,90 % pour Laurent Gbagbo. Quelques heures après, de vives tensions postélectorales créent des violences dans le pays. Dès lors, le président Ouattara rappelle à son ‘’frère’’ le président Laurent Gbagbo leur ‘’engagement’’ commun à respecter les résultats proclamés par la C.E.I, il faut garantir la cohésion et la paix dans notre pays.

Mais rien n’y fait. Laurent Gbagbo qui a le soutien de la justice, des forces de sécurité et de défense, refuse de céder le fauteuil présidentiel à Alassane Ouattara. C’est alors qu’intervient la communauté internationale pour rétablir l’ordre institutionnel. Successivement, un groupe de haut niveau de l’Union africaine (U.A.) dépêché en Côte d’Ivoire exhorte le président Gbagbo à se retirer immédiatement : se félicitant de la décision que le Conseil de paix et de sécurité de l’U.A a adopté à sa 265e séance tenue au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement le 10 mars 2011 à Addis Abeba, réaffirmant toutes ses décisions antérieures sur la crise postélectorale en Côte d’Ivoire qui s’aggrave rapidement depuis le 2e tour de l’élection présidentielle le 28 novembre 2010, lesquelles reconnaissent l’élection de Monsieur Ouattara à la présidence de la République de Côte d’Ivoire et l’intervention militaire de l’ONU qui a capturé Laurent Gbagbo.

Pari réussi pour Alassane Ouattara qui doit son pouvoir aux accords et traités internationaux signés par son pays. Nul doute, le président Ouattara se rappelle encore le discours du président Barack Obama à l’endroit des dirigeants africains, le 11 juillet 2009 à Accra devant le Parlement ghanéen : « Au 21e siècle, la capacité, la fiabilité et la transparence des institutions sont la clé du succès des parlements forts et les honnêtes forces de police ; les juges et les journalistes indépendants, un secteur privé et société civile dynamiques. Ce sont les choses qui donnent vie à la démocratie, parce que c’est ce qui importe dans la vie des gens. Il faut avoir à l’esprit de soutenir les gouvernements démocratiques et durables… L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes, etc. ».

Cela étant dit, la politique est un rapport de force où tous les coups sont bons pour empêcher l’adversaire d’être candidat. Hier c’était Alassane Ouattara qui en était victime. Cette fois c’est Guillaume Soro, son ancien allié et ex président de l’Assemblée nationale qu’il appelait affectueusement son ‘’fils’’, candidat déclaré à la présidentielle 2020, qui subit ses turpitudes. Et ce après l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples qui a demandé l’annulation de toutes les poursuites contre lui. Malgré cette décision de la haute juridiction africaine des droits de l’homme et des peuples, la justice ivoirienne condamne Guillaume Soro à 20 ans de prison ferme, 4,5 millions de francs CFA d’amende, 5 ans de privation de droits civiques et 2 millions de francs CFA de dommages et intérêts le mardi 26 avril 2020. Résultat, le Gouvernement ivoirien retire sa déclaration de compétence prévue au Protocole relatif à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

C’est un coup de semonce à la démocratie sous le président Ouattara qui est sans doute derrière ce retrait. Gageons que sa victoire à la présidentielle 2010 avait suscité beaucoup d’espoirs. Aujourd’hui de nombreuses questions restent sans réponse. Qui mieux que le président Ouattara connaît les injustices et les atteintes aux droits de l’homme ? Laisserait-il la justice ivoirienne annuler une décision de la CADHP ? Se réjouirait-il de la condamnation de Guillaume Soro ? En attendant, le fait de se retirer de la CADHP après un arrêt défavorable à l’Etat de Côte d’Ivoire dans l’affaire Soro, est une entorse à l’état de droit, la démocratie et les droits de l’homme en Côte d’Ivoire. Pour rappel, le président Alassane Ouattara a été déclaré vainqueur de la présidentielle 2010 grâce aux accords et traités internationaux ratifiés par la Côte d’Ivoire pendant que le Conseil constitutionnel ivoirien déclarait vainqueur le président sortant Laurent Gbagbo. Pourquoi deux poids deux mesures ? Le président Ouattara ne doit pas oublier l’impartialité de la justice internationale face à une justice nationale dépravée.

Pub_Header