Togo : une élection présidentielle pour rien ?

Processus électoral verrouillé par le pouvoir, opposition divisée, le scénario de l’élection présidentielle au Togo reste immuable. Et celui du 22 février prochain n’échappe pas à la règle. Au pouvoir depuis 2005, Faure Gnassingbé va probablement se succéder.

Par Bernard Coovi

Officiellement ouverte depuis le 6 février, la campagne électorale devrait battre son plein pendant deux semaines. Six candidats vont en découdre avec Faure Gnassingbé le chef de l’Etat sortant : Jean-Pierre Fabre, leader de l’Alliance national pour le changement (ANC), Agbéyomè Kodjo, ancien Premier ministre de Gnassingbé Eyadema (le père de Faure Gnassingbé) et chef de file du Mouvement patriotique pour le développement et la démocratie (MPDD), Aimé Gogué président de l’Alliance démocratique pour le développement intégral, Mohamed Tchassona Traoré qui défendra les couleurs du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), Georges-William Kouessan celles du Parti Santé du Peuple et Komi Wolou celles du Parti socialiste pour le renouveau (PSR).

Faure Gnassingbé a accédé à la magistrature suprême, il y a quinze ans dans des conditions controversées après le décès brutal de son père. De fait, il brigue un quatrième mandat consécutif. Toutefois, le nombre de mandats présidentiels est désormais limité à deux, la réforme constitutionnelle non rétroactive ayant été adoptée en mai 2019 par un parlement dominé par son parti, l’Union pour la République (UNIR). Il peut donc se représenter. Et ce au grand dam de l’opposition et de plusieurs mouvements de la société civile qui réclament un retour pur et simple à la Loi fondamentale de 1992.

Adoptée à plus de 98% par un référendum populaire, la réforme constitutionnelle en son article 59 limite à deux le nombre de mandats. Une disposition qui aurait dû éliminer le président de la République sortant de la course. Jean-Pierre Fabre, son principal challenger lors des scrutins de 2010 et 2015 a ainsi déposé un recours le 27 janvier pour faire invalider sa candidature. Recours rejeté par la Cour constitutionnelle. Il a donc décidé d’introduire une nouvelle demande mais cette fois devant la Cour de justice de la CEDEAO.

Une opposition divisée

Ce qui ressemble à un baroud d’honneur du leader de l’ANC. Car dans les circonstances actuelles, il a peu de chances de déboulonner Faure Gnassingbé. En 2017, en organisant pendant plusieurs semaines des manifestations massives, l’opposition et des organisations de la société civile comme Togo Debout avaient prouvé qu’unies, elles pouvaient faire vaciller le régime. Mais renouant avec ses vieux démons, l’opposition togolaise aborde divisée cette échéance. Fabre et Agbéyomè Kodjo se disputant le leadership.
Quant à Tikpi Atchadam, le président du Parti national panafricain, l’un des principaux fers de lance de la contestation en 2017, il appelle au boycott du scrutin, dont il met en doute la sincérité : « La commission électorale indépendante (CENI) et la Cour constitutionnelle sont aux mains du pouvoir. Ce n’est pas la peine de participer à cette élection », a-t-il fulminé. Point de vue partagé par le Comité d’action pour le Renouveau (CAR) présidé par Yaovi Agboyibor, l’un des opposants historiques. Début février, son parti a décidé le retrait de ses membres de la CENI et de tous ses démembrements et a annoncé son ‘’intention de ne pas prendre part à l’élection présidentielle’’.

Un processus électoral opaque

Il faut dire que, comme il en a pris l’habitude, le pouvoir n’a pas lésiné sur les moyens pour verrouiller le processus électoral. Quasiment toutes les revendications de l’opposition et des organisations de la société civile pour rendre le scrutin « transparent et crédible » ont été rejetées. L’intégralité de la Cour constitutionnelle est proche de Faure Gnassingbé. Tout comme quinze des dix-sept membres de la CENI. Les résultats du scrutin ne seront pas publiés bureau de vote par bureau de vote.

Même la recommandation du très consensuel Conseil Episcopal togolais Justice et Paix, pour observer le déroulement du scrutin a reçu une fin de non-recevoir. Motif de ce refus, selon Payadowa Boukpessi, le ministre de l’Administration territoriale, l’organisation épiscopale ne serait pas neutre. Et ses sources de financement pour déployer des observateurs sur tout le territoire seraient opaques.

Des accusations qui ont fait bondir les hommes d’Eglise : la Conférence des Evêques du Togo « n’a jamais adopté de position partisane ou contre des partis politiques, mais simplement appelé au respect de la justice et des valeurs démocratiques figurant dans la Constitution », ont-ils sèchement répliqué dans un communiqué publié le 3 février. Et les évêques d’exprimer leur « vive indignation face aux propos discourtois qu’ils considèrent comme une insulte « adressée à l’Eglise, alors que le ministre de l’Administration territoriale avait bien reçu le rapport d’activités du Conseil Episcopal Justice et Paix où figurait un bilan de ses financements ».

Pub_Header