Energies renouvelables : le paradoxe africain

En matière d’énergies, le continent africain illustre assez bien l’adage selon lequel les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés. En effet, contrairement aux apparences, les lacunes d’approvisionnement en énergie des populations africaines ne sont pas dues à un manque de ressources, loin de là. Toutes les sources d’énergies y existent. Cependant l’Afrique souffre du paradoxe de l’abondance, selon le site africapetromine.net.

À ce jour, l’Afrique dispose de 8% des réserves mondiales de gaz et pétrole (principalement localisées en Afrique du Nord et dans les pays du Golfe de Guinée), de 18% des réserves d’uranium (que l’on retrouve notamment en Namibie, en Afrique du Sud et au Niger), et de 4% du charbon (principalement localisé en Afrique Australe).

Outre ces nombreux trésors dont regorgent son sol et son sous-sol, le continent africain est doté d’un potentiel énergétique considérable, notamment en ce qui concerne les énergies renouvelables, qui ne représentent pourtant qu’1% de son mix énergétique actuel.

Energie hydroélectrique

Avec des ressources de l’ordre de 350 GW, l’Afrique détient 10% du potentiel hydroélectrique mondial grâce notamment au Nil, au Zambèze, au Volta ou encore au fleuve Congo. Parmi les principales places fortes, on compte la République Démocratique du Congo (RDC) avec un potentiel de 100 GW (répartis sur 200 sites dont Inga qui possède à lui tout seul un potentiel de 43,2 GW), l’Ethiopie et le Cameroun.

Seulement aujourd’hui, ces ressources ne sont exploitées qu’à hauteur de 8%, principalement en raison des investissements financiers importants que requiert la construction de centrales hydrauliques, dont le coût est environ 50% plus élevé que celui d’une centrale thermique, à charbon ou à gaz, pour une installation de 100 MW. Cette utilisation partielle des ressources disponibles est également une réalité à l’échelle régionale, notamment en Afrique de l’Ouest où seulement 16% des 25 GW de potentiel estimé sont aujourd’hui exploités.

Energie géothermique

De même, l’Est de l’Afrique qui regorge d’un important potentiel géothermique n’utilise à ce jour que 217 MW, alors que les dernières études estiment à 10.000 MW le potentiel du Kenya seul, et à plus de 15 GW celui de la vallée du Rift (traversant Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie).

Dans cette région tout particulièrement, de grands projets sont en cours de réalisation, comme celui de Menengai au Kenya, censé générer à terme, quelques 400 MW.

Energie éolienne

Aux réserves potentielles d’énergies renouvelables présentes en Afrique de l’Ouest et de l’Est, viennent s’ajouter celles des façades côtières du continent. Exposées à des vents de 6m/s minimum, celles-ci sont éligibles pour l’exploitation de l’énergie éolienne, principalement en Afrique du Sud, en Egypte, au Maroc, en Ethiopie et au Kenya, les cinq principaux fournisseurs d’énergie éolienne en Afrique.

Seulement, la production installée actuelle est de 3,1 GW, avec des projets en cours qui permettront de produire 1,2 GW supplémentaires. Pour autant, tout cela ne représente que moins de 5% du potentiel du continent en matière de production d’énergie éolienne (estimée à 110 GW).

Energie solaire

D’après l’agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), les pays africains bénéficient d’une irradiation solaire moyenne comprise entre 1750 kWh/m²/an et 2500 kWh/m²/an. De fait, cette irradiation est bien supérieure à celle de l’Allemagne (1150 kWh/m²/an) qui pourtant dispose d’un parc solaire d’une puissance installée de 40 GW, contre seulement 2,1 GW en Afrique.

Dans ses zones tropicales comme désertiques, le continent africain est baigné par les rayons d’un soleil qui y brille toute l’année pendant environ 3000 heures. Depuis 2012, une baisse du coût de production du mégawatt (1,3 million de dollars en moyenne contre 1,8 million de dollars au niveau mondial) a été observée dans cette région.

Cette chute des coûts s’est révélée bénéfique pour le développement de nombreux projets de centrales photovoltaïques (ex: NOOR au Maroc, Senergy au Sénégal), ou encore du projet de construction de cinq centrales solaires de 100 mégawatts, chacune mise en place par le gouvernement nigérian, en partenariat avec General Electric.

En dépit de ce foisonnement d’initiatives visant à booster ses performances énergétiques, l’Afrique n’exploite qu’une infime partie des 10 TW qui pourraient potentiellement être produits en tirant profit de son ensoleillement particulièrement favorable.

Pourtant, la production d’énergie solaire constitue indéniablement une solution des plus pertinentes aux problèmes de fourniture d’énergie, notamment dans les zones rurales à très faible densité de population, dont les habitants pauvres pour la plupart, ne sont bien souvent pas connectés aux réseaux nationaux.

Plusieurs raisons expliquent la marginalisation de ces populations, résultant de leur faible pouvoir d’achat et du coût de raccordement particulièrement élevé en raison de leur éloignement par rapport aux lieux de productions (le kilomètre d’extension de réseau coûtant entre 7000 et 15.000 euros, et pouvant aller jusqu’à 40.000 euros). Ces coûts prohibitifs ont été à l’origine d’une réflexion portant sur un mode de production alternatif, plus adapté au contexte socio-économique des populations africaines.

Pub_Header