Congo : lumière sur Clenne Mouangou, la fermière


Diplômée d’un Master Finance des Marchés, Clenne Mouangou, 35 ans, a commencé sa carrière professionnelle dans le secteur bancaire,en France.
En 2012, elle décide de partir dans son pays d’origine, le Congo pour ouvrir une boutique de vêtements. Une belle réussite qui lui permet d’en ouvrir une seconde.
Deux ans après, Clenne Mouangou achète un domaine d’un hectare à Linzolo, à 20km au Sud de Brazzaville. Dès lors,elle se reconvertit dans l’agroalimentaire.

Lumière sur Clenne Mouangou, la fermière :

Après avoir exercé dans le secteur bancaire en France, vous ouvrez deux boutiques de vêtements au Congo, où vos affaires étaient pourtant florissantes. Quelles sont les raisons qui vous ont amenée dans le secteur de l’agroalimentaire ?

Lorsque j’ai abandonné le secteur bancaire en France, je voulais faire quelque chose  »d’utile ». J’ai voulu m’investir dans un domaine, où je pouvais apporter un plus à ma communauté. Au début, je n’avais pas encore d’idée précise sur l’activité. C’est en observant les comportements que je me suis rendue compte qu’il y avait une forte demande de viande de porcs. C’est donc dans un but de répondre à un besoin primaire et vital, de satisfaire un besoin essentiel que je suis allée dans le secteur agroalimentaire. Pour la petite histoire, sachez qu’à chaque fois que j’arrivais à Brazzaville, on me demandait si j’avais apporté des saucissons secs. Et c’était de façon récurrente. Je me disais, mais pourquoi veulent-ils qu’on apporte des saucissons secs de l’étranger, alors qu’on peut les produire sur place.

Vous faites de l’élevage de porcs et de canards.Pourquoi ces choix ?

Le choix de l’élevage de porcs s’est fait à partir d’un constat. Le porc est une viande très appréciée et surtout très consommée au Congo. La production actuelle est loin de répondre aux besoins des consommateurs de plus en plus croissants. D’autant plus que notre pays importe beaucoup alors qu’on peut développer le secteur et produire sur place. Quant au canard,il est très apprécié mais pas aussi consommé que le porc. C’est un produit très rare.

Hormis l’achat du terrain, que vous a-t-il fallu comme investissement pour réaliser votre projet ?

Après l’achat du terrain, on a procédé à la construction des bâtiments. Nous avons actuellement quatre bâtiments pour l’élevage de porcs. Puis, nous avons aussi acheté un véhicule de type pick-up pour transporter les porcs,les aliments du bétail. Ce véhicule nous permet aussi de faire les différents achats,etc.

Où en êtes-vous dans le développement de votre ferme ? Et quelle sera la prochaine étape ?

Le projet porte sur la notion de la chaîne de valeur qui va de la production, la transformation et la commercialisation.
Aujourd’hui, nous sommes dans la première partie de notre projet: la phase de production en augmentant la production de viande de porc. Cette augmentation de la production va satisfaire un besoin essentiel, et fournir sur le marché la viande de porc. Qui constitue une ressource alimentaire importante.
La prochaine étape est la transformation avec la mise en place de l’unité de transformation de la viande de porc sous toutes ses formes (jambons, saucissons secs, etc.)

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui se lance dans cette activité en Afrique ?

L’agroalimentaire est un secteur difficile. Toute personne qui se lance dans cette activité,doit s’armer de courage et de patience. En effet, l’investissement est lourd et les retombées ne sont pas immédiates. C’est un domaine qui demande beaucoup d’attention, de temps. Il faut aimer ce que l’on fait et il faut s’investir pleinement.

Il y a un fossé entre vendre des vêtements et s’occuper d’une ferme. Qu’est-ce qui a changé dans votre quotidien ?

Effectivement, ce sont deux activités très différentes. J’ai troqué les robes et les talons hauts contre une blouse bleue et des bottes. Mais,je garde tout de même une part de féminité.

Que peut-on vous souhaiter pour la réussite de votre nouveau challenge ?

J’espère trouver des partenaires pour développer mon activité,dans un premier temps.
Toutefois, je souhaite développer mon activité afin que ma structure devienne une référence dans l’agroalimentaire au Congo. Et pour cela, j’espère trouver des partenaires qui auront la même vision et l’envie de continuer sur la même voie que moi. Dans un second temps,je souhaite que mon travail soit reconnu à plus grande échelle. Récemment, j’ai reçu un trophée »Entrepreneur du monde » , décerné par l’Entrepreneuriat Au Féminin (EAF). Ce prix est pour moi un signe de reconnaissance. J’espère que ce trophée sera une source d’inspiration et de motivation pour les femmes. Ce qui va les inciter à vivement entreprendre et à oser, sans se mettre de frein et oublier les préjugés sociaux.

Fanta Diop

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