Lumière sur Romain Da Costa, Président du Haut Conseil des Béninois de l’Extérieur et Directeur des Relations Internationales de la Mairie de Rosny-Sous-Bois (93)

Par Bintou Bah

Vous avez été élu Président du Haut Conseil des Béninois de l’Extérieur (HCBE) qui représente plus de 4 millions de personnes dans le monde. Où se trouve votre siège, et comment est-il composé ?

J’ai été élu Président du Haut Conseil des Béninois de l’Extérieur sur le plan mondial le 13 août 2016. Cette institution est dirigée par un Bureau Exécutif dont le siège social est basé à Cotonou, la capitale économique du Bénin, dans des locaux mis à sa disposition par le gouvernement. Le Bureau est composé de 7 membres: le Président, un Vice-président, un Secrétaire Général et son Adjoint, un Trésorier Général et son Adjoint, un Secrétaire à l’Organisation.

Il est complété par un Conseil de coordination composé de 4 membres contrôlant chacun une zone géographique continentale (Afrique, Amérique, Europe, Asie). Ce Bureau mondial s’appuie sur des sections constituées par des Béninois résidant dans différents pays à travers le monde. Nous dénombrons aujourd’hui une trentaine de pays qui ont constitué une section HCBE communautaire.

Quel est votre rôle auprès de la diaspora ? Disposez-vous des moyens du gouvernement pour mener vos actions ?

Reconnu d’utilité publique par le Décret N° 2001-153 du 26 avril 2001, le HCBE n’a pas encore un budget défini par le gouvernement. Un manque qui constitue une des lacunes dans le fonctionnement de mon nouveau Bureau que nous nous attelons à corriger. Cependant, nous entretenons de très bonnes relations avec la Présidence et le Gouvernement béninois.

La Présidence nous a accompagné financièrement dans le cadre de l’organisation de notre Assemblée Générale de décembre 2016.En tant que Président du HCBE, mon rôle se définit étroitement avec les objectifs que s’est fixé l’institution, à savoir: permettre aux Béninois établis à l’étranger de participer malgré leur éloignement à la vie nationale, donner des avis et formuler des recommandations en matière de leur protection, leur gestion et leur promotion, susciter, encourager, encadrer et suivre leur investissement aux fins de leur participation effective au développement national, développer une stratégie pour sauvegarder leurs intérêts, participer à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une politique adéquate de leur intégration dans le tissu économique et socioculturel du pays, promouvoir des échanges culturels, économiques et sportifs entre le Bénin et les pays d’accueil , œuvrer à éviter toute forme de discrimination entre les Béninois de l’extérieur et ceux de l’intérieur, etc.

En France, vous êtes employé en qualité de Directeur des Relations Internationales à la mairie de Rosny-sous-Bois. Comment conjuguez-vous les deux postes ?

En 36 ans de carrière à Rosny-sous-Bois, j’ai dirigé la Direction de la Communication (DIRCOM) pendant près de 30 ans. Les dernières années, j’ai même cumulé cette fonction avec celle des Relations Publiques et l’événementiel. Cela ne m’a pas empêché de mener parallèlement une vie associative et militante en direction de la communauté béninoise et du Bénin depuis 1990. Il faut avouer que ce ne fut pas de tout repos. Souvent, ma vie familiale en a pâti et quand j’ai été élu Président du HCBE en 2016, il m’est apparu difficile de conjuguer les deux postes. Je voulais assumer efficacement le mandat que l’on venait de me confier. Naturellement, j’ai accepté de rendre mon tablier de DIRCOM pour prendre celui de Directeur des Relations Internationales à temps partiel. J’ai le statut d’un cadre territorial au forfait. J’occupe ce poste à 80%. Ce qui me donne plus de souplesse pour me consacrer plus sérieusement aux missions que m’impose la Présidence du HCBE.

La situation sociale est actuellement très tendue au Bénin. A la suite du vote par le parlement le 28 décembre d’une loi interdisant le droit de vote aux militaires, aux gendarmes, aux policiers ainsi qu’aux personnels de la justice et de la santé, l’Union nationale des magistrats du Bénin a appelé ses membres à cesser le travail pendant 5 jours à partir du 8 janvier. Le personnel de la santé menace également de débrayer. En tant que Béninois de la diaspora, que pensez-vous de cette agitation sociale ?

Vous savez, le HCBE est une institution apolitique. Par conséquent je me dois d’observer une stricte neutralité et un droit de réserve sur l’appréciation des événements que vous évoquez. Ceci dit, comme dans toutes les démocraties, ce qui se passe au Bénin est normal. Je réside en France depuis plus de 40 ans, et des situations de tensions semblables à ce qui se passe au Bénin, nous en avons connu une pléthore. Nous avons subi des grèves dures, des blocages d’autoroutes, de transports en commun, des situations de quasi paralysie de la vie socio-économique du pays et la France n’a pas régressé pour autant.
Mon pays d’origine fait l’apprentissage de la démocratie. Le gouvernement est dans son rôle de vouloir légiférer pour se donner les armes efficaces pour garantir la réussite de son plan d’action. Les syndicats sont dans le leur quand ils manifestent leur désaccord. De discussions en négociations, ils finiront par aboutir à des accords. Car nul n’a intérêt à vouloir coûte que coûte le chaos.


Cela fera bientôt deux ans que Patrice Talon a été élu président de la République. En dehors de ce bras de fer avec les syndicats de la fonction publique, comment jugez-vous plus globalement ses deux années au pouvoir ?

Il est toujours difficile de porter une appréciation globale sur une gestion gouvernementale. Lorsque Nicéphore Soglo a accédé au pouvoir, il a hérité d’un pays en ruine. Les remèdes qu’il a utilisés pour le redresser étaient drastiques. Le plan d’ajustement structurel imposé par le FMI et la Banque Mondiale a jeté des milliers de Béninois hors de la fonction publique. Mais, bien qu’il ait réussi à remettre sur les rails un pays à l’agonie, on lui a reproché d’avoir pavé les routes alors que ce n’est pas ce que « le peuple mange ».Je ne vais pas refaire l’histoire, parce que le peuple béninois est un peuple impatient.
Donc, je ne vais pas juger les deux années de gouvernance de Patrice Talon avec le même filtre que mes compatriotes. J’ai vu beaucoup d’avancées. J’entends également beaucoup de critiques. Alors pour juger, il faut parfois avoir un œil extérieur, comme par exemple celui des institutions internationales. Mon rôle n’est pas de décerner des satisfécits ou des blâmes au gouvernement .Il consiste à lui faire des propositions et à l’accompagner pour la réussite de son programme et pour l’épanouissement de nos populations.
Pour cela, il a besoin de s’appuyer sur la diaspora, beaucoup plus intensément que ce que nous observons actuellement. Nous sommes près de 4 millions de Béninois à vivre l’extérieur du Bénin. Nous pesons plus que l’aide internationale. On n’arrête pas de nous le chanter, mais personne ne veut véritablement se donner les moyens de capter cette force que nous représentons. Le HCBE est la seule organisation de la diaspora béninoise qui rayonne sur plus de 30 pays à travers le monde. Mais c’est aussi à nous de continuer à œuvrer pour démontrer que nous sommes incontournables.

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