Sénégal: le barrage de Diama, un exemple de gestion partagée de l’eau

Au nord du Sénégal, le barrage de Diama, dans la région de Saint-Louis, marque la frontière avec la Mauritanie. C’est un ouvrage de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), qui compte quatre États membres : Sénégal, Mauritanie, Mali et Guinée. En service depuis 1986, ce barrage « anti-sel » a permis de développer l’agriculture dans la Vallée du fleuve. Et 35 ans après, il est un exemple réussi de gestion transfrontalière de l’eau.

En aval, de l’eau salée de l’Atlantique. En amont, de l’eau douce. Avec ses sept vannes, le barrage mobile « bloque » les remontées d’eau saline à l’intérieur des terres. « On a connu des périodes de sécheresse dans les années 70 et 80 où le sel de mer remontait jusqu’à 200-300 kilomètres en amont. Et donc c’était impossible de faire des cultures avec de l’eau salée. Et on a constaté pendant cette période une forte migration d’ailleurs vers l’Europe de toute cette vallée », raconte Demba N’Daw, directeur général de la Soged, la société de gestion et d’exploitation de Diama.

Selon la Soged, grâce au barrage, 130 000 hectares sont actuellement irrigués dans la vallée. L’ouvrage permet aussi l’alimentation en eau potable de Nouakchott, la capitale mauritanienne, à 100% ; Dakar à près de 60%. Oumar Sow, actuel maire de Diama, se souvient de l’inauguration en 1986 : « J’avais environ 25 ans, je me rappelle tout : on passait la nuit ici, on a dansé… C’est devenu un autre monde avec le barrage. Des milliers de champs n’existaient pas. C’est une amélioration inimaginable, ça complètement changé la vie de la population. »

À proximité, des sortes de roseaux ont proliféré. Le revers de la médaille. « Du fait que la langue salée ne remontait plus, ça a permis la prolifération du typha. Le typha, c’est une plante envahissante. On est en train de chercher des solutions d’utilisation, notamment en faisant du papier. On pourrait aussi l’utiliser pour faire de l’énergie. De loin vous voyez le poste frontière mauritanien avec la police, la douane et la gendarmerie », explique le directeur de la Soged Demba N’Daw.

Le barrage de Diama appartient à trois pays : Sénégal, Mauritanie et Mali. Il fonctionne « en binôme » avec le barrage hydroélectrique de Manantali, dans la région malienne de Kayes. Et leur gestion n’est pas source de conflit.

« La gestion des zones transfrontalières peut poser problème, on le voit sur le continent, mais aussi ailleurs. Mais l’OMVS, par la solidité du socle juridique et surtout la qualité des relations entre les États, a permis de coopérer, fait valoir Hamed Diane Séméga, haut-commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Les États font fi de la souveraineté territoriale, nous mettons en place une infrastructure, nous l’exploitons ensemble, nous partageons les bénéfices et charges indifféremment de la localisation géographique. C’est ce qui fait que l’OMVS est un exemple de coopération modèle. »

Une fierté pour l’organisation, qui fêtera ses 50 ans l’année prochaine.

Source (RFI)

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