Election à l’Unesco : Les chances de l’Egyptienne Moushira Khattab, candidate de l’UA

Pour succéder à la Bulgare Irina Bokova à la tête de l’Unesco, l’Afrique fait bloc autour de la candidature de l’Egyptienne Moushira Khattab.

Huit candidats dans les starting-blocks

Huit candidats sont en lice pour succéder à la Bulgare Irina Bokova à la tête de l’Unesco depuis huit ans. La diplomate égyptienne, Moushira Khattab soutenue par l’Union Africaine (UA), présentée comme la favorite, part avec un net avantage sur ses adversaires. Théoriquement, les dix-sept représentants africains des cinquante-huit membres du Conseil exécutif de l’Unesco, devraient, tous, lui accorder leurs voix. Et mathématiquement, il lui faut rafler au moins trente voix pour qu’elle l’emporte devant ses concurrents que sont la Franco-marocaine Audrey Azoujay, le Qatari Hamad Abdulaziz Al-Kawari et le Chinois Qian Tang pour ne citer que ceux-là.

La candidate de l’UA se dit confiante dans cette bataille diplomatique pour laquelle le mérite doit être – selon elle – le seul critère de choix. Elle est convaincue qu’elle a non seulement le meilleur profil pour briguer ce poste mais pense que sa longue expérience d’experte des Nations Unies et diplomate de carrière, la prédispose à diriger l’institution qui a besoin de faire sa mue et de redorer son blason face aux nombreuses critiques de ces dernières années.

Moushira Khattab, une femme de terrain

Quand on lui pose la question sur les raisons de sa candidature, elle répond : « Je veux apporter les changements tant attendus et contribuer à faire reculer les conflits, le terrorisme et les guerres dans le monde à travers une éducation régionale. J’ai une base populaire solide et j’ai une très bonne connaissance des priorités des continents où l’Unesco doit agir le plus. »

Celle que l’on surnomme l’avocate des plus faibles, a plusieurs casquettes. Femme de terrain et militante des droits de l’homme, elle a parcouru l’Afrique dans ses moindres recoins et le monde arabe pour sensibiliser les populations sur les conséquences de l’excision, cette mutilation génitale d’un autre siècle encore en pratique sur le continent qui continue de faire des ravages.

Les bruits qui courent dans les couloirs de l’Unesco

Dans les couloirs des représentations africaines de l’Unesco au 1 rue Miollis à Paris, la plupart des diplomates sont unanimes sur la succession de Mme Irina Bokova. Tous pensent que le fauteuil de la direction générale revient de plein droit aux pays les plus confrontés aux problèmes d’éducation, de sciences, de culture (…) Autre argument avancé, corriger une certaine injustice du fait que l’Unesco n’a jamais été dirigée par une personnalité issue du monde arabe depuis sa création en 1945.

Sur la question de l’éducation précisément, l’Afrique est indiscutablement à la traîne des autres continents. Pour les délégués africains en poste à l’Unesco, seule une représentante ou un représentant issu(e) du continent le moins avancé peut mieux comprendre ses priorités afin d’y apporter les solutions idoines. Toujours sur le sujet de l’éducation, l’objectif des Nations Unies de parvenir à « l’éducation universelle primaire » fixé en 2000, n’avait pas été atteint à l’heure du bilan en 2015.

D’après un rapport conjoint de Unesco et de l’Unicef, « aucun progrès significatif n’a été accompli depuis. L’absence d’améliorations statistiques serait notamment due à l’augmentation de la population africaine. Sur ce continent, 30 millions d’enfants ne sont pas scolarisés. » Deux ans après la publication de ce rapport révélateur la situation ne s’est toujours pas améliorée. A ce jour en effet, l’objectif de « l’éducation universelle primaire » n’a toujours pas été atteint.

Sa priorité : la scolarisation

Cette déscolarisation s’expliquerait par l’exclusion des filles des milieux scolaires dans les régions rurales, la maternité précoce, le drame des enfants ouvriers ou soldats, les discriminations envers les personnes handicapées. Tous ces facteurs conjugués se retrouvent malheureusement à l’échelle du continent. C’est pourquoi pour la candidate de l’UA, « l‘Afrique a une grande importance pour l’Unesco » et doit demeurer la priorité des priorités de ses actions dans les années à venir.

Selon la candidate égyptienne, l’Unesco s’est quelque peu éloignée de sa mission première de « contribuer à la construction d’une culture de la paix, à l’éradication de la pauvreté, au développement durable et au dialogue interculturel à travers l’éducation, les sciences, la communication et l’information ». C’est pourquoi, elle veut ramener l’institution « au plus près des populations ».

Au lieu de s’appesantir sur ses prérogatives, pendant longtemps, l’Unesco a quelque peu galvaudé ses principes fondamentaux en politisant parfois le débat. Conséquences de cette fâcheuse situation, la déperdition de son budget de fonctionnement après la décision des Etats-Unis et d’Israël de suspendre leurs contributions financières en réaction à la reconnaissance de la Palestine en tant qu’Etat membre de l’institution le 31 octobre 2011.

Il est vrai que sur les 194 membres votants, 107 avaient mis leurs bulletins dans l’urne en faveur de la Palestine, 14 contre, et 52 abstentions. En regardant les détails de ce vote historique, tous les pays arabes, africains et américains s’étaient ralliés à la cause de la Palestine. Et mieux encore, le soutien inattendu de trois membres du Conseil de sécurité, (la France, la Russie et la Chine), avait créé la surprise générale.

Objectif : la ré-adhésion des Etats-Unis et d’Israël

Pour la candidate de l’UA, le manque de consensus sur les sujets politiques qui fâchent, expliquerait les défections américaine et israélienne. « Si je suis élue, je dépolitiserai l’Unesco », promet-elle. De par la position de son pays, l’Egypte qui entretient d’excellentes relations avec Israël et la Palestine, elle promet d’engager une diplomatie de proximité et de réconciliation pour que les Etats-Unis dont la contribution à la manne financière de l’institution représente 22 % et Israël, reviennent sur leurs décisions.

Si la candidate de l’Afrique venait à succéder à Mme Irina Bokova, une de ses priorités sera aussi de réorganiser le secrétariat, à commencer par sa communication comme elle l’a fait savoir plus d’une fois à la presse. Autres priorités figurant sur son programme, l’amélioration de la gouvernance de l’institution, la priorité aux pays qui ont le plus besoin de l’aide et de l’appui de l’Unesco. Ce sont là les nombreux chantiers que s’est assignée Mme Moushira Khattab si elle est élue au soir du 9 octobre prochain à la tête de l’Unesco.

Par Clément Yao – l’Afrique Aujourd’hui

Pub_Header